07/08/2006

Le silence créateur

Le Silence créateur

J'ai longtemps connu le doute. Un sentiment de vide s'installait, brûlant toutes mes certitudes.  Bien que je ne la comprenne que partiellement, je me référais souvent à la phrase du grand Socrate qui collait si bien à ma réalité : "tout ce que je sais c'est que je ne sais rien".

Pourtant, le message de cette phrase n'avait rien de rassurant ni de confortable. Et sa signification me restait obscure.

 

Et tandis que je réfléchissais à ce doute, je tombe justement sur ce passage du livre "Passagère du silence" de Fabienne Verdier qui est allée chercher au fin fond de la Chine communiste les secrets de l'art ancestral de la calligraphie auprès d'un Maître. Dans ce passage, elle raconte  justement ce moment de doute où après des mois d'entraînement, elle éclate, un matin d'hiver devant son maître :

"Ca ne va plus ; je ne sais plus où j'en suis. Bref, je ne comprend plus rien du tout.

- Bien, bien.

- Je ne sais pas où je vais.

- Bien, bien.

- Je ne sais même plus qui je suis.

- Encore mieux !

-Je ne sais plus la différence entre le "moi" et le "rien".

- Bravo !

Plus je fulminais, plus il se réjouissait, avec une expression de bonheur et de stupéfaction sur le visage. il trépignait même, les larmes aux yeux. Je poursuivis, accablée par une douleur intérieure, croyant qu'il ne comprenait pas ce que je disais : "Après toutes ces années de pratique, je me rends compte que je suis toujours aussi ignorante devant l'univers. je n'arriverai jamais à acomplir ce que tu me demandes.

- Oui, c'est exactement cela, disait-il en frappant de joie dans ses mains.

Il dansait sur place avec une jouissance incompréhensible. A cet instant, j'ai pensé qu'il délirait.

- Tu ne sais pas à quel point tu viens de me faire plaisir ! Il y a des gens à qui une vie ne suffit pas pour comprendre leur ignorance."

 

 

 

J'ai compris bien plus tard ce que la phrase de Socrate voulait me dire : Que l'illusion du savoir est un grand obstacle au Savoir. Bien installés dans nos certitudes, nos idées toutes faites, nos schémas répétitifs, nous ignorons notre  propre ignorance.

 

Une certaine forme d'ignorance serait donc féconde ?

  

Retour à d'autres passages du livre de Fabienne Verdier. C'est son maître en calligraphie qui parle :

 

« Regarde, m'a-t-il dit, voici une bonne image du chaos. C'est ton point de départ. Dans le chaos et l'obscur réside le mystère originel. Suis, toi aussi, le principe cosmique pour donner vie à ta création. Comme le ciel, créé à partir du chaos. Suis ton intuition et débroussailles l'informe pour aller, à travers les formes, au-delà de celles-ci. Transmets l'esprit des choses et n'oublies pas que l'esprit réside aussi dans les montagnes et les plantes ; elles ont une âme, et c'est le ciel qui la leur a donnée. La forme naît de l'informe : il ne faut pas avoir peur du chaos. Prends un pot par exemple : c'est le vide qu'il enferme qui crée le pot. Toute forme ne fait que limiter du vide pour l'arracher au chaos. »

 

"Le beau en peinture, selon l'enseignement des vieux maitres, disait maître Huang, n'est pas le beau tel qu'on l'entend en Occident. Le beau en peinture chinoise, c'est le trait animé par la vie, quand il atteint le sublime du naturel. Le laid ne signifie pas la laideur d'un sujet qui, au contraire, peut être intéressant ; si elle est authentique, elle nourrit un tableau. Le laid c'est le labeur du trait, le travail trop bien exécuté, léché, l'artisanat."

 

 

 

"Si tu tentes d'achever une oeuvre, d'enfermer une composition, elle meurt dans l'instant. Je pensais alors à cette idée de Jankélévitch : "C'est dans l'inachevé qu'on laisse la vie s'installer". On ajoute toujours un coup de pinceau en trop ... Détruis les frontières ou catégories esthétiques forgées par nos cultures et n'aie pas peur de paraître folle ou excentrique car il s'agit de retrouver les mille et une manifestations de la nature des choses."

 

 Clémence

 

"L'unique trait de pinceau, ce "cérémonial du peintre", naît, sous le sceau de l'inspiration, d'un geste spontané, d'une pulsion première, d'une osmose primordiale avec la sève créatrice. Grâce à cette discipline, je tente de vivre "l'esprit un" en sa réalité absolue. On se rend compte que derrière le vide apparent du silence, la vie grouille de toutes parts et c'est alors, avec pudeur et émerveillement, qu'on saisit la pensée poétique.

 

 

L'Illimité

 

 

"L'acte d'agir doit être l'agir du non agir ; l'agir naturel, sans désir, qui n'est pas tourné vers le moi. C'est par l'oubli de soi qu'on obtient la fusion avec le Ciel, avec le Tout. Cesse de penser, de vouloir, de calculer. Instaure en toi la non contrainte totale pour être en harmonie avec la source de ton coeur. Fuis le rationnel, le conventionnel. Quand cette source où tu bois le meilleur de ton oeuvre se tarit, ne force pas, n'essaie pas d'extraire à tout prix, avec effort, l'inspiration qui passe, aussi fugitive que le désir. Sors, promène toi, parle à ton oiseai. Et ne regrette rien ! Tu n'aurais créé qu'oeuvre morte."

 

"Garder un coeur pur est sans doute plus facile pour un être simple que pour un intellectuel. Pour toi, peintre, c'est une condition nécessaire si tu veux entrer au paradis de l'art. Sois généreuse, fuis les concessions, mets une sourdine à l'ambition et le succès viendra sans que tu aies à le regretter par la suite."

23:59 Écrit par dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.