22/08/2006

La main de Saint Gilles

la main de saint Gilles

 

Je voudrais rendre hommage à mon père à travers cette histoire vraie. Il est parti trop vite et n'a pas eu le temps de connaître mes enfants.

Voici l'histoire de la main de Saint Gilles.


Mon père est né dans un petit village de Bretagne en 1909. Sa famille était très pauvre. Son père était métayer et sa mère était nourrice dans des familles bourgeoises.


Lorsque ma grand-mère a été enceinte pour la cinquième fois, mes grands-parents n'avaient eu jusqu'alors que des filles. Et le grand-père souhaitait ardemment un fils.


Il y avait dans le village une petite chapelle dédiée à Saint Gilles et le pardon annuel approchait. Le pardon est une fête votive qui a lieu une fois par an ; il y a une grand messe suivie d'une procession où l'on sort la statue du saint patron.


Le Recteur – on ne dit pas "curé" dans mon village natal - vint trouver mon grand-père car il souhaitait qu'il répare la main de St Gilles qui était cassée. C'était une modeste statue en plâtre polychrome. Mon grand-père refit une nouvelle main en plâtre.

- Combien je te dois ? dit le recteur 

- Tu ne me dois rien si Saint Gilles me donne un fils, répondit le grand-père.

Sur ces entrefaits, mon père naquit, à la grande joie du grand-père, qui, racontait mon père, marcha au milieu de la route pendant une semaine, s'arrêtant dans toutes les maisons pour annoncer la bonne nouvelle et fêter ça d'un bon petit coup de gnole !


A 13 ans mon père devint apprenti carrier, après avoir été deux ans à l'école où il apprit à écrire et à compter sans fautes.

 


A 21 ans il se maria avec la plus jolie fille de la ville voisine et mon frère n'attendit pas les neuf mois réglementaires pour arriver !

 

1939. C'est la guerre et mon père est fait prisonnier pendant cinq ans en Allemagne.


Je nais, trois ans après son retour.

A 7 ans, je contracte la rougeole qui s'aggrave en encéphalite. Me voyant dans le coma et croyant me perdre, mon père, qui n'était pas un brillant paroissien, pria St Gilles de faire quelque chose et promit d'assister désormais à son pardon, chaque année, avec moi, si j'en réchappais.

 

C'est ainsi que chaque année, nous allions, mon père et moi, au Pardon de St Gilles. Pendant la quête, mon père sortait plusieurs billets de banque de sa poche pour les mettre dans le panier. Les enfants étaient tous bénis, un par un, au cours de la messe, car St Gilles a la réputation de guérir les enfants de la peur.

 


Papa avait acheté sa première carrière de granit, il en acheta d'autres, s'associa et devint le patron de quelque trois cents ouvriers.


Mais ça ne l'empêchait pas d'aller à sa carrière en vélo et de faire son jardin en rentrant le soir. Et pour se détendre, tous les soirs après dîner, il jouait de l'accordéon. Il aimait aussi aller pêcher la truite dans les petits ruisseaux et ramenait souvent des champignons, ou des noisettes, suivant la saison, sans compter des anecdotes concernant les animaux qu'il avait observés pendant ses longues promenades silencieuses à travers champs.


J'avais 20 ans, quand le Recteur de l'époque, qui était notre voisin et ami, décida de restaurer la chapelle St Gilles. Il connaissait, évidemment, l'histoire de la naissance de mon père, et, en faisant déplacer la lourde dalle de granit de l'autel, il retrouva la vraie main, datant du XVIIe siècle, celle que mon grand-père avait remplacée ; il l'offrit à mon père. Huit ans plus tard mon père mourrait. Un jour que j'étais en visite chez ma mère me revinrent en mémoire tous ces souvenirs et je lui demandai où était passée la fameuse main. Elle la retrouva abandonnée à la cave, dans un pot de fleur.

J'ai appris par la suite que mon oncle avait eu aussi à se féliciter de la protection de St Gilles : un jour qu'il conduisait un charrette, le cheval s'emballa et s'arrêta pile devant la chapelle.

 


Depuis, je la garde comme une précieuse relique, symbole de l'amour d'un père pour sa fille.

 

La Chapelle Saint Gilles    

La chapelle Saint-Gilles, qui était en Plaintel sous l'Ancien Régime, fut attribuée au territoire de Saint-Julien par arrêté préfectoral du 10 juillet 1821. Cet arrêté fut annulé pour incompétence par le Conseil d'Etat le 8 novembre 1821. Le Conseil de préfecture attribua de nouveau la chapelle à Saint-Julien par arrêté du 2 septembre 1822 ( Arch. des C.-dA., V 2071 ). Cependant aujourd'hui la chapelle Saint-Gilles est en Plaintel tandis que la croix du même nom est en Saint Julien.
 Cette chapelle est aujourd'hui restaurée, autrefois, on y guérissait de la peur et de l'impétigo.
 
Saint Gilles était d’Athènes. Son éducation fut brillante, comme elle devait être pour un jeune homme de race royale. On lui a attribué de remarquables ouvrages de médecine et de poésie ; mais sa science était surtout celle des Saints.Un jour qu’il se rendait à l’église, il rencontre un pauvre mendiant malade et presque nu, qui lui demande l’aumône. Ému de compassion, Gilles se dépouille de sa riche tunique et la lui donne : à peine le malheureux en est-il revêtu, qu’il se trouve en parfaite santé. Le jeune homme comprit, à ce miracle, combien l’aumône est agréable à Dieu. Peu de temps après, à la mort de ses parents, il distribua tous ses biens aux pauvres et se voua lui-même à la pauvreté et à l’humilité. Les miracles se multiplièrent tellement sous les pas du saint jeune homme, qu’il en fut effrayé lui-même et se résolut à quitter son pays et à faire voile pour l’Occident. Pendant la traversée, il calma par ses prières une effroyable tempête et débarqua bientôt à Marseille, où il guérit la fille de son hôtesse.
Mais il lui fallait la solitude ; il la trouva dans une grotte sauvage, où, dégagé de toute préoccupation terrestre, il ne vécut que pour Dieu. Ses jours, ses nuits presque entières s’écoulaient dans une prière continuelle, dans l’adoration et la contemplation. Il jeûnait tous les jours ; le lait d’une biche de la forêt, que Dieu lui envoyait, suffisait à son entretien.
Depuis trois ans, Gilles habitait ce lieu solitaire, quand un jour Wamba, roi des Visigoths d’Espagne, vint chasser jusque dans les forêts voisines avec une suite nombreuse. La biche qui nourrissait le saint ermite, poursuivie par les chiens allait succomber ; enfin, exténuée de fatigue, elle vint se jeter aux pieds de son maître. Gilles, ému jusqu’aux larmes, pria le Seigneur de protéger la vie de l’innocent animal. Une flèche, lancée par un chasseur, vint frapper la main de l’homme de Dieu et lui fit une blessure qui ne devait jamais guérir. La biche était sauvée, car le roi, plein d’admiration pour cet homme qui lui apparaissait avec l’auréole de la sainteté sur le front, donna ordre de cesser la poursuite. Il fit même, à la demande de Gilles, bâtir là un monastère. Après avoir dirigé quelques temps ce monastère, Gilles chercha de nouveau la solitude, et revint enfin terminer ses jours parmi ses chers religieux.
 
La main protectrice qui ne devait jamais guérir après avoir été frappée par la flèche, continua son parcours solitaire, et par de curieuses circonstances sortit de l'ombre bien des siècles plus tard ... dit la légende !
MC

23:35 Écrit par dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

St Gilles! J'habite ST Gilles ..l es Bains ! Je ne sais pas s'il s'agit du même Gilles ... Puisse sa main s'étendre jusque là ! (rire)

Bonne journée à toi...et que Gilles conitinue à bien veiller sur toi...

Marie

Écrit par : M-ariane | 23/08/2006

J'ai lu... très bel hommage... et si bien décrit... si l'âme survit, peu importe où, fier il sera de sa fille

Écrit par : Banur | 25/08/2006

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