01/01/2007

Toute vérité ne peut être comprise que par l'attention totale

Nul ne peut se concentrer sur le "mal", ni sur l'idée du "mal" et s'en sortir indemne. Il est même excessivement dangereux d'être contre le "mal". Ceux qui font campagne pour Dieu en eux-mêmes et contre le diable chez les autres, ne réussissent jamais à rendre le monde meilleur ; ils ne font que le laisser tel quel, ou même visiblement plus mal en point qu'il ne l'était, avant qu'ils ne partent en croisade. En nous penchant sur le "mal", quelles que soient nos intentions, nous invitons le "mal" lui-même à se manifester.

 

On attribue cette phrase à Jésus : « Enlève la poutre de ton œil avant de regarder la paille chez autrui ". Et C.G. Jung d'ajouter, avec une bonne dose d'humour : "car il est très difficile de voir à travers une poutre". Il y a aussi un certain bon sens dans l'expression enfantine : "C'est celui qui le dit qui l'est" !

 

Tout jugement extérieur est l'expression d'une résistance, d'une volonté de cacher, de camoufler, de refouler, de fuir ses propres conflits intérieurs.

 

Si la concentration trop intense et trop prolongée sur le mal l'invite à se manifester, il n’en est pas de même pour l’attention. La concentration(autour du centre) focalise l'activité cérébrale sur un point bien précis (vers le centre) alors que l' attention consiste simplement à être attentif à tout, sans jugement. L’attention n’exclut rien.  

 

La concentration est normalisatrice. L'être qui se concentre va comparer le connu avec le connu, donc son propre conditionnement antérieur, comme dans le jeu du "d'accord-pas d'accord". Comparer le connu avec le connu ne peut mener qu'à l'autodestruction.

L'attention est expansive : l'être qui est attentif utilise toute sa conscience pour l'observation de ce qui est.

C'est par la concentration que la conscience se fragmente et par l'attention qu'elle se défragmente.

 

Sur un plan collectif, "Lutter contre" ne fait qu'accorder plus de pouvoir aux "ennemis", renforcer les antagonismes. Nos pensées (ou plus exactement les espaces entre nos pensées) créent le monde tel qu'il est. La "croisade contre le mal", qui dure depuis toujours, ou contre le "diable", la "lutte contre le chômage", "contre le racisme", etc. n'ont jamais fait qu'amplifier les phénomènes.

 

La meilleure façon de changer un système est de l'observer, tel qu'il est, de façon attentive, sans jugement, sans comparaison, sans degré de valeur, et de s'en détourner. C'est par cette simple observation de ce qui est que ce qui est disparaît de notre champ individuel de la conscience, et diminue d'intensité.

Ce qui disparaît de notre champ individuel disparaît progressivement du champ collectif et c'est ainsi que la conscience redevient entière.

 

Einstein a dit : "Aucun problème ne peut être résolu sans changer le niveau de conscience qui l'a engendré."

Dans l'attention il y a ce qui regarde et ce qui est vu. Lorsque la conscience voit, c'est dans un regard englobant tout, mais sans implication. Lorsque la conscience éclaire quelque chose elle éteint son pouvoir de nuire.

 

Toute vérité ne peut être comprise que par l'attention totale.

 

L'instant présent demeure toujours une main que nous tend l'Amour et que nous pouvons saisir grâce à l'attention. Quand il y a attention, sans volonté de changer quoi que ce soit, dans une acceptation totale de "ce qui est" à l'intérieur de nous, l'Amour est là. Mais son action est inconnaissable. Elle est Ordre.

 

Le "Je" ou "Soi" ou conscience, est impersonnel. On ne peut pas s'en emparer. Il est. Le mieux que nous puissions faire est de le LAISSER ETRE.  

  

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